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Transparence, secret et pouvoir

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Pour son 12ème ouvrage "La Transparence et la vertu", l’avocat  Daniel Soulez-Larivière, propose un outil de réflexion sur le fonctionnement de notre société contemporaine.

transparence-vertuEn quelques années, la transparence semble avoir pris une place centrale dans notre société. Les lois dites de transparence, régissant les marchés boursiers, les relations bancaires, les règles de la concurrence etc., se sont multipliées. Moraliser l’économie et la politique serait devenu la nouvelle base d’une "véritable" démocratie, entraînant par conséquent le recul du secret, et même des secrets. "Nous sommes dans une société nouvelle, où tout le monde s’observe, de bas en haut, de haut en bas et de manière latérale. Je crois que nous avons mis en place une machine énorme et que nous n’avons pas mesuré les conséquences.", alerte Daniel Soulez-Larivière.

Considérés souvent comme des obstacles à une totale transparence, le secret professionnel et le secret de l’instruction par exemple, ne cessent d’être violés tout comme les secrets dits d’Etat.  Le secret, dans son sens le plus large, est désormais assimilé au mensonge et à la dissimulation trompant ainsi l’intérêt général. Pourtant, "le respect de l’information, des gens et de l’ordre public obligent parfois à cacher les informations pendant un certain temps, par exemple pour l’accès aux archives.", insiste l’avocat. Face à une demande croissante de transparence, le champ de la vie privée, du respect de l’intimité se réduit de manière constante. "Les citoyens exigent le droit de savoir tout de suite et les médias expriment ce besoin de savoir, qui est un moyen d’exercer un contrôle . Les Etats-Unis espionnent tout le monde. Et chacun s’expose par l’autre par le biais des réseaux sociaux", démontre Daniel Soulez-Larivière. Et ce n’est pas la riche actualité récente qui va venir le contredire. Au-delà de l’analyse judiciaire de l’affaire Bettencourt, et des révélations du lanceur d’alerte Snowden sur les activités d’espionnage de la NSA, le pénaliste apporte de nombreuses références historiques et philosophiques afin de lever toute ambiguïté  sur une transparence "abusivement sacralisée". "La revendication de la transparence, comme l’a très bien expliqué Rosanvallon dans "La contre démocratie" est un moyen de contrôle politique supplémentaire devant un fonctionnement politique qui n’a jamais été parfait et qui a toujours été insuffisant . Le citoyen croit qu’il va pouvoir exercer ce contrôle  à travers la promotion de ce concept de transparence ; or si le politique est transparent, il n’est plus rien.", développe t-il.

Face à ce besoin inassouvi d’un contrôle du politique par les citoyens, qui mène à une transparence à outrance et une violation de secret, Daniel Soulez-Larivière rappelle que "la transparence n’est pas plus vertueuse que le secret et l’un comme l’autre peuvent être dévoyés de façon toute aussi horrible."

 

Delphine Iweins, juriste et journaliste