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Femmes avocats : et si le barreau de Paris donnait l’exemple ?

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Caroline Toby, Avocate, Candidate au Vice-Bâtonnat du Barreau de Paris, aux cotés de Jean Bernard ThomasCandidate au Vice-Bâtonnat du Barreau de Paris, aux cotés de Jean Bernard Thomas, candidat au Bâtonnat, l’exercice professionnel des femmes est au cœur de mes préoccupations. Mon engagement en ce domaine est ancien, constant et déterminé.

Les conditions d’exercice de beaucoup d’avocates laissent, encore aujourd’hui, profondément à désirer. Ainsi, une récente étude menée auprès des avocats parisiens nous apprend que les femmes avocats perçoivent, en moyenne, un revenu de moins de 58.000 euros, largement inférieur à celui de leurs homologues masculins, qui s’élève à plus de 96.000 euros. Cette inégalité de revenus accompagne une disparité en termes de statut. Ainsi, on ne compte que 22 % de femmes associées dans les cabinets qui regroupent entre 20 et 50 avocats. Les disparités deviennent précarité lorsque l’on apprend qu’une avocate sur trois quitte la profession dans les six premières années d’exercice. 
Et pourtant, la profession d’Avocat représente pour beaucoup une vocation abordée avec passion et détermination. Un sondage récent de l’Union des Jeunes Avocats de Paris auprès des collaborateurs, dont 75 % sont des collaboratrices, nous le confirme : 86 % des jeunes avocats sont fiers d’exercer cette profession. 
En réalité, les femmes sont victimes dans la vie professionnelle de préjugés d’un autre âge, elles n’ont pas accès aux mêmes opportunités de promotion que leurs homologues masculins, l’avancée de leur carrière est entravée dès lors qu’elles décident de construire et de mener, dans le même temps, une vie de famille. 
Le constat que nous faisons aujourd’hui est préoccupant. Certes il témoigne d’inégalités et de fragilités que l’on retrouve dans notre société toute entière. Mais nous, Avocats, devons être les premiers à les combattre. Non seulement parce que ces différences entre hommes et femmes sont particulièrement choquantes dans notre profession, dans laquelle existe une féminisation à vive allure, mais surtout parce que l’on s’y heurte au même plafond de verre qui limite partout l’ascension hiérarchique des femmes. Plus d’un siècle après la première prestation de serment d’une femme, ces inégalités sont indignes de notre profession. 
Ce constat consternant n’est pas désespérant. Si l’on se reporte à nouveau au questionnaire conduit par l’UJA auprès des collaborateurs, l’on en tire en premier lieu des enseignements sur la fragilité de leur situation et sur l’ambiguïté de leur statut. Ainsi, près des trois quarts des collaborateurs interrogés estiment que les attentes de leur cabinet sont incompatibles avec le développement d’une clientèle personnelle, 60 % des collaborateurs ont déjà sérieusement envisagé de quitter la profession, plus de la moitié ne considèrent pas y trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Ces fragilités deviennent de véritables failles lorsque survient la maternité : plus de la moitié des collaboratrices estime avoir été pénalisée sur le plan professionnel après la naissance de leur enfant et 70 % des collaboratrices estiment encourir un risque accru de voir leur contrat de collaboration rompu à l’initiative du cabinet à leur retour de congé maternité. Une grande majorité des collaboratrices souhaite donc que l’Ordre intervienne pour mieux les protéger à ce moment de leur vie professionnelle. 
Ces chiffres nous enseignent que les femmes ne parviennent pas à s’épanouir en tant que collaboratrice et, que la survenue de la maternité cristallise les conflits et les  discriminations. Or 53% des avocates du barreau de Paris sont des collaboratrices. Nous devons donc être particulièrement à l’écoute de leurs difficultés. 
Pour y parvenir, il faut en premier lieu, s’attacher à améliorer le statut du collaborateur. Pour cela, plusieurs chemins sont ouverts, dans le cadre d’un nouveau contrat de collaboration, le "contrat d’avocat" qui met en place un certain nombre d’outils pour protéger et améliorer l’exercice des collaborateurs. Il faut ensuite poursuivre les initiatives du Bâtonnier Christiane Féral-Schuhl qui a su faire une large place au thème des femmes au Barreau dans ses réflexions, et mettre en place des mesures de qualité, telles que l’allongement de la durée du congé maternité à seize semaines, ou encore l’assurance perte de collaboration.
Pour poursuivre et amplifier cette action, l’Ordre doit inciter les cabinets à adhérer à une charte de bonnes pratiques qui permettent de concilier vie de famille équilibrée et vie professionnelle épanouie : éviter les réunions tardives ou les longs déplacements pour les collaboratrices enceintes, créer des crèches inter-cabinets, faire en sorte que les frais de garde d’enfants en dehors des horaires normaux soient pris en charge déductible par le cabinet…
Le rôle de l’Ordre est de s’engager et d’encourager les cabinets à maximiser les opportunités offertes par les nouvelles technologies, et généraliser le recours au télétravail, qui constitue l‘une des clés de la flexibilité et de l’organisation de la charge de travail. Or celle-ci représente, on le sait, l’un des obstacles majeurs au développement d’une clientèle personnelle. 
Permettre aux collaboratrices de prendre leur envol et de s’installer à titre individuel, en particulier au moment où elles ont besoin, à la faveur d’une maternité, d’introduire plus de souplesse dans leur vie professionnelle, et les aider à construire une clientèle personnelle. Il existe, nous dit-on, un déficit entrepreneurial plus marqué chez les femmes, moins promptes que les hommes à oser se lancer à titre individuel. A l’Ordre d’être présent à ce moment charnière, par exemple en offrant aux collaboratrices une formation mieux adaptée aux enjeux de l’installation. 
Enfin, pour que la place des femmes soit reconnue, il faut qu’elles soient aussi nombreuses que les hommes dans les instances représentatives, et pour ce faire, recourir aux quotas dans nos élections professionnelles.
Il est temps que l’attention portée aux femmes dans les discours, compte tenu de leur nombre, s’accompagne d’un changement profond dans les mentalités et les comportements. C’est ce que Jean-Bernard Thomas et moi nous nous engageons à réaliser et mettre en œuvre dans nos actions pour le Barreau de Paris. 

Caroline Toby